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Paul Ouellet condamné à 15 mois avec sursis 0

Martin Guindon
Paul Ouellet

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L'artiste abitibien Paul Ouellet a été condamné à 15 mois de détention dans la collectivité, en fin d'après-midi vendredi, à Amos. Il a d'abord admis sa culpabilité à deux accusations à caractère sexuel sur deux victimes d'âge mineur, puis a été acquitté sur les six autres chefs qui pesaient contre lui, le ministère public déclarant n'avoir pas de preuves à offrir pour ceux-ci.

L'affaire Ouellet a été passablement médiatisée depuis le dépôt des premières accusations à l'été de 2008. La nouvelle a fait le tour du Québec, puisqu'il s'agit du frère de l'archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet. Il bénéficiait du soutien de parents et amis, vendredi.

Enseignant à la retraite de 64 ans et artiste multidisciplinaire maintes fois honoré pour la qualité de son travail, Paul Ouellet a donc reconnu avoir agressé sexuellement une première victime, une jeune fille alors âgée de 13 ans, au milieu des années 80. Ils auront partagé le lit en deux occasions. La première fois, il lui a seulement flatté le dos, les fesses et les cuisses. La seconde fois, durant le même été, alors qu'ils étaient nus, l'accusé est allé plus loin et il y a eu touché digital et cunnilingus. Il l'a aussi embrassé sur la bouche, le ventre, les seins et la vulve. Elle ne l'a toutefois pas touché.

Il s'est aussi rendu coupable d'attouchements sur une adolescente envers qui il se trouvait en situation de confiance. Cette seconde victime, Myriam Sylvain, a demandé et obtenu du tribunal que soit levée l'ordonnance visant à empêcher la publication de toute information permettant de l'identifier. Paul Ouellet était devenu une figure importante pour cette jeune fille avec qui il a eu une relation sexuelle complète de nature consensuelle alors qu'elle était âgée de 14 ans et lui de 43 ans, à la fin des années 80.

Blessées profondément

Les deux victimes ont témoigné devant le tribunal et l'accusé pour exprimer les profondes blessures laissées par ces crimes sur leurs personnes. La première dit avoir ressenti du mépris envers elle-même, de la honte et du dégoût pour son corps. Elle a sombré dans une dépression majeure et a fait une tentative de suicide à l'âge de 14 ans. Elle a jadis arrêté l'école pendant un an et a requis des soins psychiatriques. Elle espère que cette judiciarisation de l'accusé l'aidera à guérir.

Pour sa part, Mme Sylvain a d'abord précisé qu'elle «n'a rien accepté de l'entente résultant des négociations entre la couronne et la défense» et qu'elle avait plutôt «capitulé... pour survivre». «J'ai été littéralement annihilée, aliénée de moi-même et du monde qui m'entoure. [...] Où que j'aille, quoi que je fasse, cette expérience et son bagage me suivront», a-t-elle défilée, en présence de l'accusé, et après avoir précisé qu'elle n'avait pas «accept.

Par la voix de son avocat, Me Jean McGuire, Paul Ouellet a admis avoir manqué de jugement dans ces deux affaires. On a aussi relaté que l'accusé avait fréquenté les deux victimes une fois à l'âge adulte et que dans le cas de Mme Sylvain, les séquelles décrites pourraient faire davantage référence à leur rupture en 2003.

Inadmissible

Le juge Jean-Pierre Gervais, de la Cour du Québec, s'est rangé à la suggestion commune de Me McGuire et de Me Marie-Chantal Brasssard, du ministère public. Parmi les facteurs atténuants, il a souligné l'absence d'antécédents et de risques de récidives ainsi que le plaidoyer de culpabilité. Toutefois, il a relevé le caractère inadmissible de ces gestes posés par un adulte sur des jeunes filles. «Je dois vous envoyer un message clair de dénonciation. La société n'approuve pas ce que vous avez fait, mais elle ne l'approuve vraiment pas», a-t-il déclaré.

Paul Ouellet sera assigné à domicile 24 heures sur 24 pour le premier tiers de sa peine, sauf notamment pour les fins de son travail. Il devra se plier à un couvre-feu pour le deuxième tiers. Pour la durée de la peine, il ne pourra communiquer avec les victimes ni se trouver seul en présence de jeunes filles âgées de 13 à 18 ans. Il fera ensuite l'objet d'une probation de deux ans, durant laquelle il devra se soumettre aux mêmes conditions. Il sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant 20 ans et son ADN sera fiché.