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Le premier ministre Jean Charest tiendra lundi le dernier Conseil des ministres de son gouvernement avant l'ajournement des Fêtes. Il y aurait, dit-on, des indices de remaniement ministériel dans l'air.
Après avoir frayé avec les grands de ce monde à Copenhague, Jean Charest doit décider s'il en a fait suffisamment pour faire taire le mouvement qui réclame la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction ou s'il doit aller plus loin.
Ce gouvernement semblait jusqu'à tout récemment enduit de téflon et passait allègrement à travers toutes les controverses. Les révélations répétées sur l'attribution des contrats dans les Villes et au ministère des Transports et, surtout, le refus obstiné du premier ministre d'ordonner une enquête publique ont semé la suspicion et affecté le lien de confiance entre les citoyens et leurs élus. Conséquence, les libéraux reculent dans les sondages.
Bien sûr, Jean Charest peut surprendre tout le monde et annoncer que le Québec a besoin d'une enquête. Il peut ne rien faire d'autre en se disant qu'au retour en Chambre, en février, la pression sera retombée, d'autant qu'il dirigera une importante mission économique en Inde. Le premier ministre pourrait également procéder à un jeu de chaise musicale en identifiant les ministres qui ont moins bien performé.
La ministre des Transports, Julie Boulet, vient en tête de liste et son adjoint Norm MacMillan pourrait difficilement échapper à cette opération. La pharmacienne semble toujours surprise ou désarçonnée quand des informations impliquent son ministère. Elle devait admettre notamment qu'elle ignorait pourquoi un rapport interne sur la collusion entre entrepreneurs, une information mise à jour par le Vérificateur général, est demeurée sur le bureau du sous-ministre.
Les Transports, c'est le plus gros donneur d'ouvrage au Québec et c'est particulièrement vrai alors qu'on y engloutit des milliards en asphaltage, routes, viaducs. Pour calmer la grogne, M. Charest pourrait rebrasser les cartes et nommer aux Transports quelqu'un avec une poigne de fer et une grande réputation d'intégrité.
Nombre de commentateurs ont critiqué la prestation à l'Assemblée nationale du leader parlementaire Jacques Dupuis. Celui-ci agissait sans doute en service commandé pour désamorcer les attaques de l'Opposition mais il l'a fait avec une férocité inutile. En pleine tempête sur l'attribution des contrats dans le secteur public, il a contre-attaqué... en demandant la démission de Pauline Marois pour des motifs assez obscurs!
Son attitude partisane à outrance a beaucoup contribué à antagoniser les députés et a conduit à une dégradation des débats. La session a fini tôt en décembre, sans les traditionnelles nuits sans sommeil, et pourtant plusieurs élus semblaient prêts à se sauter à la gorge. Beaucoup d'électeurs sont scandalisés par la récente session parlementaire et le niveau des débats et nous ont communiqué leur désarroi.
En janvier et février, toute l'attention ira sur les choix budgétaires déchirants, les inévitables hausses de tarifs, la négociation avec les employés du secteur public. Quand le gouvernement vient fouiller dans nos poches, il a toute notre attention. Si le conseil des ministres d'aujourd'hui ne sert qu'à régler l'intendance, on aura compris que pour Jean Charest, le pire de la tempête est passée. Une bonne partie de la population aura la conviction d'être le dindon dans cette affaire.
