L'industrie gazière et pétrolière menace le projet d'aire protégée 0
Judes Côté, du Comité pour l'établissement d'une aire protégée dans les monts Chic-Chocs, devant la carte des permis d exploration pour le gaz et le pétrole au Québec. Sur cette carte, produite par le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, on aperçoit les carrés de couleur correspondant à des compagnies qui ont obtenu des droits d exploration pour ces territoires en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent et ailleurs au Québec. On remarque que même les zones habitées en font partie. Quelques espaces verts, comme le Parc de la Gaspésie et le Parc Forillon, sont épargnés.
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Judes Côté, du Comité pour l'établissement d'une aire protégée dans les monts Chic-Chocs, n'en revient pas : tout le territoire de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, en fait presque tout le sud du Québec, est maintenant la cible de compagnies d'exploitation gazière et pétrolière.
Le projet du comité, de créer une aire protégée de 460 km carrés dans la réserve faunique de Matane, est directement menacé.
« Dès le début de notre projet, il y a quatre ans, nous savions que des « claims » (droits d'exploration) miniers étaient déjà détenus dans certains secteurs. Plus récemment, nous avons appris que des compagnies avaient commencé l'exploration gazière et pétrolière, mais jamais nous n'aurions pensé que ça évoluait si vite! J'ai eu un choc quand j'ai vu des corridors déboisés par ces compagnies et un autre encore pire, quand j'ai vu la carte, où la Gaspésie est tapissée de couleurs qui correspondent à des territoires où ont été accordés des droits d'exploration. Il n'y a pratiquement que le Parc de la Gaspésie et le Parc Forillon à être épargnés. Imaginez! Il y a des " claims " accordés tout près de l'Auberge de montagne! »
« La Semaine verte » a sonné l'alarme
M. Côté a « allumé » quand un journaliste de Radio-Canada est venu le solliciter pour une entrevue dans le cadre d'un reportage de l'émission « La Semaine verte ». Les deux se sont rendus dans la réserve pour aller voir ces corridors qui avaient été déboisés et apprendre qu'une compagnie se préparait à procéder la semaine suivante à de nouvelles explorations dans le secteur. Bien entendu, ce n'est pas demain la veille que les citoyens verront des camions transporter du gaz ou du pétrole extrait de la Réserve Matane. Les compagnies n'en sont qu'à l'étape de l'exploration. Toutefois, la possibilité est bien réelle.
Mais, le comité refuse de baisser les bras. La demande est toujours entre les mains du ministère du Développement durable et des Parcs (MDDEP). « Une réforme de la Loi sur les mines est toujours attendue, car celle qui prévaut n'est plus à jour et ne prévoit pas de mécanisme pour prévenir de telles situations, indique le Matanais. Il y a un peu d'espoir de ce côté. Le député Pascal Bérubé a promis d'informer le critique péquiste et porte-parole de l'opposition officielle en matière de mines, Scott McKay et de faire toutes les démarches possibles.
Un autre espoir pour le Comité viendrait de la pression populaire. Si les citoyens se mobilisaient comme on l'a vu par exemple à la suite du film de Richard Desjardins « L'erreur boréale », le gouvernement pourrait accepter de modifier la loi pour protéger le patrimoine naturel du Québec. »
En outre, à cause de l'éloignement, les coûts d'exploitation et de transport de ces ressources seraient probablement prohibitifs, ce qui pourrait refroidir les ardeurs des compagnies. « Mais, il ne faut surtout pas s'endormir là-dessus », avertit Judes Côté. Autre issue : le gouvernement pourrait racheter ces droits, mais le prix en serait très élevé. Dans le reportage de « La Semaine verte », on parlait de 100 000 $ pour une parcelle d'un seul « claim » qui se trouvait sur le territoire du Parc du Témiscouata.
La Matanie « claimée »
Sur la carte qui peut être téléchargée à l'adresse http://www.mrnf.gouv.qc.ca/publications/energie/exploration/Permis_quebec_2010.pdf , on s'aperçoit par exemple que les droits ont été accordés à Marzcorp Oil and Gas pour Matane et la région, à Xterra Ressources pour Baie-des-Sables et Saint-Ulric et à Marzcorp Oil, Stelmine Canada et Pétrolia pour la réserve Matane. « Ces droits d'exploration ont été concédés par le gouvernement sans aucune consultation à des compagnies dont bien peu sont québécoises », s'indignent les membres du Comité pour l'établissement d'une aire protégée dans les Chic-Chocs.
Les droits d'exploration pour un hectare valent en plus ou moins 1 $ au Québec. En Colombie-Britannique, on parle plutôt de milliers de dollars. En tout, 26 compagnies se partagent les droits d'exploration de la partie sud du fleuve Saint-Laurent. Une personne qui possède une terre ou un terrain n'est propriétaire que du sol et non du sous-sol. La « Loi sur les mines » a préséance sur tous les règlements municipaux. « Techniquement, la compagnie qui détient un " claim " serait en droit de débarquer dans votre cour et commencer à faire ses tests », signale Judes Côté.
