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La fin du purin? 0

Catherine Mainville

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La Carrière R. Poudrette est sur le point de révolutionner les milieux de l'environnement et de l'agriculture. Les propriétaires ont créé un procédé ingénieux qui permettra essentiellement de recycler le lisier de porc et de le rendre écologique, tout en réduisant la quantité de poussière de roche générée par les carrières de la province et d'ailleurs.

Grâce à cette nouvelle technologie nommée Lisitech, les producteurs agricoles pourront dire adieu à leur fosse, adieu à la gestion du lisier à ciel ouvert et adieu à l'épandage dans les champs. Il en résultera une diminution des odeurs, mais surtout une diminution importante des gaz à effet de serre (GES).

La petite histoire de cette grande invention a débuté par le désir de travailler en recherche et développement afin de trouver des solutions pour réutiliser les 100 000 tonnes de résidus produits annuellement par les activités de la carrière.

C'est par hasard que l'équipe, sous la responsabilité d'Alexandre Poudrette, est tombée sur le site des producteurs porcins du Québec, sur lequel on faisait état des problèmes liés aux quantités importantes de lisier. De là est née l'idée de créer de la terre, en mélangeant les résidus de pierres à une matière organique... le lisier de porc.

Résultats concluants

Dès les premières expériences, les résultats ont été concluants. Le procédé est simple, explique Alexandre Poudrette. "On dilue d'abord le lisier avec de l'eau, puis on y ajoute des polymères naturels qui entraînent, tel un aimant, l'agglomération des particules. De la poussière de roche est ensuite ajoutée pour permettre la décantation du mélange. Le liquide, filtré par osmose inversée, donne ensuite une eau recyclée qui peut être rejetée dans l'environnement sans danger et un concentré azoté qui peut être utilisé comme fertilisant."

La boue restante est ensuite acheminée à Poudrex, une seconde compagnie créée par la Carrière R. Poudrette et située à Saint-Germain-de-Grantham. Cette entreprise fabrique des granules qui peuvent, en fait, être constituées à partir de tout type de boue, de toute matière organique et de tout minéral. Selon la volonté du producteur qui achètera les granules, celles-ci pourront servir d'engrais organique, d'amendement de sol, de chaux ultrafine ou de composition d'engrais spécifique.

Cette technologie de traitement des lisiers est applicable à des fermes élevant de 2000 à 2800 porcs par année. Les producteurs intéressés devront investir de 300 000 $ à 450 000 $ pour le bâtiment et les équipements nécessaires. La poussière de pierre en provenance de la carrière sera vendue par Lisitech.

"En plus de diminuer les importantes odeurs générées par l'épandage et l'entreposage du lisier, notre technologie permettra de réduire le pourcentage d'azote qui se trouve dans les bâtiments de ferme, explique Alexandre Poudrette. Cela améliorera la qualité de la viande, un avantage monnayable pour les producteurs. Ces derniers économiseront également en réutilisant l'eau dans le bâtiment, notamment pour le nettoyage."

Apport environnemental

L'apport de ce procédé à l'environnement est également indéniable. Outre la réduction des odeurs et de l'utilisation de l'eau, Lisitech permettra de réduire les GES de deux tonnes par mètre cube de lisier, indique Alexandre Poudrette. Un résultat peu négligeable en cette heure du protocole de Kyoto, rappelle-t-il. "Avec la création d'un marché boursier des GES, il sera possible pour les producteurs de revendre leurs crédits de GES aux entreprises qui en utilisent davantage."

La gestion des poussières vient également régler un problème minier important qui n'est pas seulement imputable à la carrière de Mont-Saint-Hilaire.

"Cette transformation du lisier permettra également d'en réduire le transport, précise Alexandre Poudrette. Un avantage considérable, lorsque l'on sait qu'environ 30 millions de tonnes de lisier sont transportées chaque année au Québec."

"Nous n'avons pas la prétention de vouloir régler le problème d'un seul coup, indique Alexandre Poudrette. Les terres se sont détériorées en 25 ans, ça va en prendre au moins cinq pour les restaurer."

La technologie Lisitech a été brevetée. Une demande de brevet a également été déposée dans 26 pays. Des résultats concluants ont été obtenus avec le lisier de poulet, de bovin et de veau d'abattoir. Alexandre Poudrette et les ingénieurs de Lisitech travaillent présentement avec le lisier de canard.

Aucun agriculteur n'est encore associé au projet, mais cela ne saurait tarder. Lisitech entrera en fonction dès janvier. Le petit laboratoire qui prenait place sur le site de la carrière sera remplacé par un bâtiment qui vient d'être construit à Saint-Pie et qui sera muni d'équipements neufs. Ce dernier servira de vitrine technologique. Deux millions de dollars ont été investis à ce jour.

"Je crois que ce projet va permettre de racheter la mauvaise réputation de la carrière", a indiqué avec enthousiasme le président directeur général, Florian Poudrette.

"Nous travaillons depuis 15 ans à la recherche et au développement, souligne Alexandre Poudrette. Nous sommes l'une des carrières les plus avancées à ce niveau. Ça témoigne de la direction vers le développement durable qu'a pris la carrière il y a plusieurs années."