Un joyeux fou et ses papillons 0
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René Boutin sait tout sur les papillons... ou presque. (Photos : André Corbeïj)
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René Boutin est un joyeux fou. J'espère qu'il ne me tiendra pas rigueur de le baptiser ainsi! C'est un passionné qui a réalisé son rêve d'avoir son propre centre d'élevage de papillons... après avoir collectionné des papillons achetés ou échangés avec d'autres amoureux de cette petite merveille ailée aux innombrables formes et coloris et les avoir figés dans la résine! Pour l'amour de ces petits insectes peu communs, René Boutin a aménagé dans la cour de la propriété où il habite un superbe jardin, en bordure de la piste cyclable du canal de Chambly, à la hauteur de la rue Caron. Il ne fait pas de publicité, mais lorsque des visiteurs s'amènent, il s'anime, heureux de transmettre son savoir et sa passion.
En décembre 1994, le Journal de Chambly, sous la plume de David Penven, racontait l'histoire de cet homme, alors dans la trentaine, qui avait accumulé une collection de 4000 papillons et inventé une technique pour les conserver et les transformer en véritables pièces de collection précieuses, voire en bijoux : tout comme un autre artisan figeait des roses dans la résine, il a patiemment mis au point une technique pour figer ses papillons dans cette matière translucide. Sa technique demande tellement de minutie et de patience - entre 80 et 120 étapes très délicates pour préserver les fragiles insectes et conserver leurs riches couleurs - qu'il la nommait la "surnaturalisation". L'artisan s'est retrouvé cette année-là au Salon des métiers d'art de Montréal.
René Boutin est un esprit qui bourdonne sans arrêt. Même en entrevue, il va d'une idée à l'autre. Un peu comme ses papillons butinant d'une fleur à l'autre, ne s'arrêtant que pour pondre leurs œufs ou pour se détendre quand la brise se fait plus fraîche, notre homme ralentit la cadence pour mettre à profit ses trouvailles, qui sont nombreuses : il a découvert qu'en plaçant un papier métallique dans le fond des boîtes destinées à recevoir les beaux papillons perchés sur leur aiguille, on peut voir l'arrière de leurs ailes. C'est d'ailleurs ce désir de voir les papillons "tout le tour", qui l'avait amené à les figer dans la résine pour les planter sur un socle... L'homme ingénieux a aussi "patenté" de multiples installations qui lui permettent de faire son élevage de papillons sans installation lourde et de façon très pratique, comme les boîtes de styromousse à couvercle "vitré" et articulé de pentures qui lui servent d'incubateurs pour mener les œufs, recueillis sur les plantes, à l'étape de la chrysalide d'où sortiront ses papillons. Des Belles dames, qui butinent et pondent sur la rose trémière, des Monarques qui aeffectionnent l'asclépiade, ou des Papilio polyxenes, superbes papillons noirs tachés de points blancs et de nuages bleus friands de céleri, qui pondent sur le panais sauvage...Ces mêmes papillons qui font le bonheur des "survivants" participant au Relais pour la vie à Chambly, qui reçoivent chacun un de ces magnifiques papillons pour l'envolée qui inaugure le Relais (il a eu lieu le 9 juin).
Dans le jardin superbement entretenu de René Boutin poussent sagement des plantes sauvages, considérées par d'autres comme de la mauvaise herbe (asclépiade, plus communément appelée petit cochon, panais sauvage...) parce que "chaque herbe est une nourriture pour un papillon différent". Il avoue d'ailleurs qu'il ne voit plus les champs et terrains vagues du même œil : il ne voit plus du foin mais de la nourriture à papillons. Cette vision, il lui arrive de la transmettre à des enfants du voisinage qui viennent par la suite lui raconter avoir vu ici et là des œufs. Et l'homme se rend parfois avec eux pour identifier une nouvelle variété, comme cette fois où, avec des jeunes, il a découvert des centaines d'œufs de Monarques dans un champ à Carignan. Des œufs ont été rapportés et il leur a enseigné comment mener l'œuf à l'état de papillon.
Des classes viennent le rencontrer, d'autres découvrent l'évolution des lépidoptères grâce à de petits contenants appelés "milieux nutritifs artificiels" où ils peuvent observer l'œuf se transformer et en prendre soin en classe. Les petits vivariums contiennent une "farine" nutritive spéciale qu'il fait venir des États-Unis. Il lui est aussi arrivé de fournir le Zoo de Québec désormais fermé et la Volière de Maizerets, dans la région de Québec. Il ne s'agit pas pour lui de faire commerce, même s'il fournit des papillons pour des mariages et des événements spéciaux, mais de traduire le plaisir de vivre transmis par ces éphémères insectes qui n'ont guère d'autre mission que de nous émerveiller!
Son plus grand plaisir est d'apprendre que des jeunes qu'il a initiés à la découverte des papillons reviennent lui parler de leurs trouvailles, s'inscrivent dans des camps d'entomologie et développent leur curiosité pour la nature. C'est jeune, vers l'âge de 13 ans, que la curiosité l'a gagné, à l'époque où, élève brillant, il avait la permission des Frères du collège de Phillipsburg d'aller folâtrer dans les champs à la recherche de papillons. Le prétexte pour aller fumer à l'abri des regards s'est transformé en passion bien plus forte que la cigarette, disparue de ses habitudes depuis longtemps maintenant!
Ah oui! Il a un autre grand plaisir.. celui de découvrir de nouvelles espèces, comme ce Pan de jour européen débusqué à Candiac au hasard de ses promenades, qui sera recensé dans la prochaine version du recueil du notaire Louis Handfield, une sommité en matière de publications sur les lépidoptère du Canada.
Si vous passez par là, arrêtez voir Monsieur Papillon, il sera intarissable. Vous apprendrez la règle des trois "P", les trois menaces pour les papillons : parasites, pathogènes et prédateurs; vous découvrirez le cycle de la vie, les richesses cachées dans les champs et ferez la connaissance d'un joyeux fou.