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Belœil | Carrefour médical

Décès subit d'un médecin de famille 0

Par Héloïse Archambault

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L'été s'annonce chargé au Carrefour médical de la Vallée-du-Richelieu: après qu'un médecin de famille ait quitté pour la retraite le 1er mai dernier, voilà que le décès d'un autre omnipraticien laisse 1500 patients sans ressources.

Le Dr Louis Legault est décédé subitement à son domicile, la semaine dernière. L'homme de 60 ans qui travaillait à Belœil depuis plus de 30 ans avait 1500 patients à sa charge. "Tous ces gens se retrouvent orphelins depuis lundi dernier, affirme sur un ton fataliste le Dr Michel Beaudoin, du Carrefour médical. C'est la première fois qu'on vit une situation pareille."

Si l'on ajoute les patients du Dr Jean Thellen, qui a pris sa retraite après plus de 30 ans de service, cela fait près de 2500 personnes qui se retrouvent sans médecin de famille.

Dans un communiqué publié dans nos pages la semaine dernière, la direction du Carrefour médical assure que "tous les patients du Dr. Legault pourront consulter à la clinique sans rendez-vous".

Décalage dans le remplacement

La résidente de Belœil Marie-Josée Samson, dont le Dr Legault était le médecin de famille depuis 20 ans, ne peut concevoir une telle situation. "Je n'aime pas du tout la façon dont nous sommes traités. Nous ne sommes pas des patients, mais des clients, dénonce-t-elle. Ils n'ont même pas de plan B."

Questionné à ce sujet, le Dr Beaudoin confirme que les médecins qui quittent la clinique (quelle que soit la raison) ne sont pas nécessairement remplacés.

C'est que la répartition des médecins est assurée par le plan régional d'effectifs médicaux (PREM) de l'Agence de la Santé et des services sociaux de la Montérégie (ASSSM). Il y a deux mois, le Carrefour médical a accueilli un jeune médecin qui vient de graduer.

Or, la loi provinciale stipule que chaque médecin qui détient moins de 15 ans d'expérience doit consacrer au moins 12 heures par semaine à l'exercice d'activités médicales particulières (AMP). Cinq domaines composent les AMP: l'urgence dans un centre hospitalier, l'hospitalisation, l'obstétrique, les soins dans un CLSC ou un CHSLD et l'aide aux clientèles vulnérables.

Ainsi, le médecin récemment embauché ne peut assurer le suivi médical des 1000 patients du Dr Thellen.

"Il en a peut-être pris quelques centaines. On a essayé de prioriser ceux qui ont des problèmes de santé graves, précise Dr Beaudoin. Mais, c'est certain que les jeunes médecins ne peuvent remplacer des médecins de 30 ans d'expérience qui ne font que du bureau."

Situation moins pire qu'ailleurs

La semaine dernière, le Carrefour médical a fait parvenir une demande d'embauche à l'ASSSM. Or, le Dr Beaudoin ne fonde pas beaucoup d'espoir à ce niveau.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec estime qu'il manque 1000 médecins généralistes pour répondre à la demande (dont 150 en Montérégie).

Idéalement, le ratio médecin-patient devrait être de 1 pour 1500. En Montérégie, il est de 1 pour 1918.

Le CSSS Richelieu-Yamaska, dont fait partie la Vallée-du-Richelieu, est toutefois mieux desservi que le reste de la région: chaque médecin traite en moyenne 1780 personnes.

"Au Québec, on gère l'écart entre l'offre et la demande. Ils regardent toujours où est la demande la plus criante", explique le docteur.

"À court terme, c'est la clinique qui doit gérer la situation. Éventuellement, c'est une perte qui fera partie du prochain calcul du PREM à l'automne", confirme le responsable des communications à l'ASSSM, François Simard.

Seul espoir en vue: rapatrier un médecin qui travaille en région éloignée depuis au moins trois ans. "La loi prévoit que ceux qui reviennent après plusieurs années peuvent choisir leur lieu de travail. J'ai un colloque aux Îles de la Madeleine cet été, et je peux vous assurer que je vais vanter les charmes de la rivière et de la montagne", avoue Dr Beaudoin.

Départs à la retraite: inquiétant

Au Carrefour médical, la perte de ces deux médecins a déjà commencé à se faire sentir aux heures de clinique sans rendez-vous. Et la situation n'ira pas en s'améliorant: huit des 19 médecins de la clinique ont plus de 30 ans d'expérience.

Les prochains départs à la retraite mettront donc beaucoup de pression sur le système. "C'est un réel problème, je refuse de quatre à cinq patients par jour. C'était déjà bondé, mais avec le festival de la scie qui commence, ça risque d'être assez chargé", estime le docteur.

Questionnée quant aux solutions envisageables, Marie-Josée Samson n'exclut pas la possibilité de se tourner vers le privé. "J'ai appelé partout, et j'ai été refusée partout. Ce n'est pas un bon système, tout le monde meurt un moment donné. Il faut croire qu'on est aussi bien d'être morts nous autres aussi", ironise-t-elle.

Le Carrefour médical a ouvert ses portes en 2003 à la suite de la fusion de deux cliniques de Belœil. Depuis l'ouverture, la liste de patients a pratiquement doublé: le nombre de dossiers actifs est passé de 50 000 à 94 000.