Opinion

Cellulaire au guidon 0

Par Nathalie Gilbert

La question est venue quand j'ai croisé un cycliste tenant le guidon d'une main et le cellulaire de l'autre. Est-il interdit de parler au téléphone quand on chevauche sa bécane?

Vérification faite auprès de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), le vélo n'étant pas un véhicule routier selon le Code de la sécurité routière, il n'est pas assujetti à l'article qui interdit d'utiliser un cellulaire lorsqu'on conduit.

Un cycliste peut donc parler au cellulaire sans contrevenir à la loi. Mais, précise la SAAQ, «cette activité n'est pas conseillée car elle est une source importante de distraction qui peut mettre en danger la sécurité du cycliste.» C'est le moins qu'on puisse dire.

Pourtant, le même Code de la sécurité routière interdit aux cyclistes de consommer des boissons alcoolisées en circulant. Alors pourquoi pas le cellulaire? Réponse de la SAAQ: pour en arriver à interdire le cellulaire au volant, le législateur s'est basé sur des études qui ne traitaient pas de l'utilisation du cellulaire à vélo. Mais, ajoute-t-on, le Code est perfectible et la législation pourrait être revue si une détérioration du bilan routier était constatée.

Même si on considérait comme une infraction le fait de bavarder en roulant, il faudrait à tout le moins que les pénalités aient un effet dissuasif.

À titre d'exemple: consommer des boissons alcoolisées en circulant à vélo est passible d'une amende allant de 15$ à 30$. Rouler avec des écouteurs ou un baladeur: 30 à 60$. C'est l'amende la plus élevée pour le non-respect du code. Trois points d'inaptitude sont prévus pour certaines infractions, en plus d'une amende.

C'est l'été, et il y a de quoi s'inquiéter: déjà 37 décès sur les routes du Québec depuis le 18 juin, des suites de l'alcool au volant et de la vitesse, notamment.

Entre 2005 et 2010, 98 cyclistes sont morts au Québec et 809 ont été gravement blessés. C'est souvent en raison du comportement des automobilistes. Mais les cyclistes eux-mêmes ont aussi leur part de responsabilité. L'alcool, le cellulaire et les lecteurs numériques, bref, la distraction, n'y sont sans doute pas étrangers. La question se pose: ne devrait-on pas faire davantage de sensibilisation sur les distractions au vélo?