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Caméra vidéo à l'école

Élèves épiés jusque dans les toilettes 0

Par Patricia Blackburn

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CHÂTEAUGUAY - 

Les élèves du Centre Nova (Nova Career Center) peuvent être épiés même lorsqu’ils se rendent au petit coin. C’est du moins ce que prouve une vidéo dont a obtenu copie le Soleil d’une source qui souhaite garder l’anonymat.

La source en question s’est dite indignée de cette surveillance excessive et a cru bon de la dénoncer. Pour le prouver, elle a donc filmé le poste de surveillance du Centre, où l’on peut voir sur le moniteur l’image du cabinet de toilettes des garçons, puis a infiltré les lieux surveillés pour y filmer la caméra camouflée dans le plafond. Elle a ensuite fait parvenir copie de cette vidéo au Journal.

Selon cette même source, des caméras seraient également présentes dans trois autres écoles de la commission scolaire New Frontiers, dont l'école H.S. Billings.

Le Soleil a joint le directeur général de la commission scolaire, Wayne Goldthorp, qui a démenti toute présence de caméra cachée à l’école H.S. Billings. «Il y a bien des caméras dans les corridors, mais elles ne sont pas cachées. Les élèves savent qu’elles s’y trouvent. Elles servent à assurer la sécurité des élèves», explique M. Goldthorp.

Toutefois, il y aurait bien eu une caméra dans les toilettes du Centre Nova, confirme-t-il, mais elle aurait été installée temporairement en janvier dernier pour «prévenir un potentiel d’actes illégaux qui serait réglé à ce jour».Rappelons que le Centre Nova accueille des élèves de 16 ans et plus à la formation aux adultes.

Deux autres écoles de la commission scolaire, Saint-Willibrord et Harmony, ont aussi utilisé ce moyen de surveillance pour assurer la sécurité des élèves suite à des problèmes d’intimidation. «Dans les deux cas, il s’agissait d’une action nécessaire pour la sécurité. Mais les caméras ont été installées à courts termes. À ce jour, les problèmes sont réglés et il n’y a de caméra cachée nulle part dans nos écoles, elles ont toutes été retirées», assure-t-il.

Atteinte aux droits à la vie privée?

À la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, on nous dit que cette situation relève de la vie privée, qui est assurée par la Charte des droits et liberté.

Patricia Poirier, coordonnatrice des communications à la Commission, n’a toutefois pas voulu se prononcer spécifiquement sur le cas présenté. Elle a plutôt acheminé au Journal un avis de la cour datant de 1995 qui confirme que la vidéosurveillance des cabinets de toilettes «porte atteinte au droit à des conditions de travail justes et raisonnables, au droit au respect de la vie privée et au droit à la dignité des travailleurs.»

On peut aussi lire, dans la conclusion de l’avis, que «si des actes criminels se commettent dans les salles de toilettes de l'entreprise, l'employeur devrait s'adresser aux services policiers pour faire cesser ces activités.»

Notons qu’une situation similaire s’était produite dans les toilettes du Tim Hortons de Mercier en août 2011. Peu après avoir reçu la plainte d’un client mécontent, le propriétaire avait vite fait de retirer la caméra.

Règles pour les établissements scolaires publics

Ces règles ne s’appliquent peut-être pas de la même manière aux établissements scolaires publics. À ce titre, les règles d’utilisation de la vidéosurveillance des lieux publics par les organismes publics sont dictées dans un document de la Commission d’accès à l’information du Québec.

On peut y lire que «dès que la vidéosurveillance a pour effet de recueillir sur un support quelconque des renseignements personnels sur des individus identifiables, les institutions doivent être en mesure d’établir que l’objectif poursuivi est suffisamment important pour justifier la cueillette de renseignements personnels et qu’aucune autre solution n’est envisageable.»

Dans le document, une nuance est toutefois établie entre les espaces publics collectifs et les lieux d’intimité («espaces où l’individu s’attend raisonnablement à plus d’intimité et de solitude»). Ces derniers lieux «d’intimité» ne sont pas assujettis aux mêmes règles quant à la vidéosurveillance.

 

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